WOKE OU PAS WOKE ? (Second degré)

Aujourd’hui je suis Celte. Et savez-vous pourquoi ? Parce qu’en tant que français héritier des gaulois, je me souviens que, voici 21 siècles, les romains ont massacré un demi-million de mon peuple protohistorique et ont conséquemment fait disparaître dans le même temps notre belle civilisation dont on sait ô combien elle était riche tant sur un plan architectural, créatif, commercial, que comportemental, juridique et rituel (pour ne citer que quelques-uns de ses aspects).

Il ne m’est pas à ce jour possible de pardonner à Jules César de même qu’à tous ceux qui lui ont aveuglément obéi et nous ont humiliés au point d’interrompre la floraison tellement prometteuse de notre culture.

À ce titre, je demande à nos voisins italiens dont je tairai le passé récent qui les déshonore, de présenter au plus vite leurs excuses à notre pays qu’ils amputèrent éhontément de son bel avenir, et m’engage dès à présent, dans le cas où ils ne se soumettraient pas sans tarder à ma requête, de conduire une organisation qui se chargera de mettre à bas, dans leur propre pays, tout ce qui représente leur passé pseudo-glorieux et ferai rebaptiser dans la foulée toutes les rues, avenues et autres faubourgs hexagonaux célébrant leur grandeur assassine.

As a woke, I cancel anachronistically !

DIXI !

© Thierry Aymès

SUJET PULSIONNEL & SUJET MORAL

N’ayez pas peur de ce qui vous traverse l’esprit et qui vous paraît effrayant ! Qui peut en effet se vanter de ne pas avoir plusieurs fois par jour de sombres idées en tête ? L’essentiel étant de ne pas laisser passer ce que certains nomment votre « ombre » ou de la recycler… En écrivant par exemple.

Le « sujet pulsionnel » est un sujet passif qui, à ce titre, mérite à peine d’être appelé ainsi. Il serait plus juste de dire que nous sommes « objets » de nos pulsions, de ces idées agressives, parfois affolantes qui viennent sans que nous les ayons convoquées. Elles se présentent à nous par effraction, comme des voleuses. Au 19e siècle, Friedrich Nietzsche (à qui Sigmund Freud doit beaucoup) dans « Par delà Bien Mal » ne disait-il pas que les idées, bonnes ou mauvaises, viennent quand elles veulent et non quand nous le décidons ?

Le sujet moral, celui qui fait le tri est « le seul vrai sujet ». Les problèmes surviennent en revanche quand il ne parvient plus à séparer le bon grain de l’ivraie et se laisse recouvrir de cette mauvaise herbe. D’où la nécessité d’une discipline et d’une hygiène mentale à toute épreuve.

La bonne nouvelle est donc que nous ne sommes donc pas nos pulsions, mais plutôt ce qui les contient ou les transforme (de préférence). Il ne s’agit pas en effet de réprimer, mais de procéder à une métamorphose de ce matériau boueux en un comportement véritablement « humain ».

Mais ne pas faire basculer cette réalité pulsionnelle dans le monde n’est pas simple. Commençons donc par ne pas dire certaines choses, à prendre le temps pour que la lumière revienne et nous permette de voir  le fond de notre vraie nature.

Les humains ne sont pas appelés à la violence, mais à ce qui les en sauvera. Nous savons tous cela. Mais nous n’activons le plus souvent cette vocation que dans le cadre restreint de notre famille, de notre cercle d’amis, de notre pays…

Ne nous laissons pas impressionner par la noirceur que les médias et les réseaux sociaux déversent à longueur de journée dans nos esprits.  Elle est plus que regrettable bien sûr, mais elle n’est en aucun cas notre réalité ultime. Nous sommes profondément ce que nous sommes appelés à devenir, à savoir des êtres vivants capables de ne pas répondre docilement à nos poussées agressives, destructrices et négatrices de tel ou tel « autre ».

J’ai conscience que ce message est millénaire. Attention de ne pas en faire un produit comme un autre !

© Thierry Aymès

ÉLOGE DES TIRE-AU-FLANC

« Oisiveté, mère de tous les vices ».

Une fois cette explication offerte, ne pourrait-on pas se souvenir de Rousseau ? A condition de l’avoir lu, pourquoi pas !? C’est dans un ouvrage posthume « Essai sur l’origine des langues » (1781) qu’il nous présente le travail contre-nature. De quoi réjouir et justifier tous les tire-au-flanc du monde. Pour comprendre son point de vue, il convient tout d’abord de connaître l’opposition qu’il établit entre la Nature et l’Histoire.
Contrairement à ses contemporains (Diderot, Voltaire) qui voient dans les progrès des sciences et des arts la preuve manifeste de l’amélioration de l’homme, Rousseau tient cette évolution pour responsable des mots qui l’accablent.
Ne concluons pas pour autant que les sciences et les arts sont mauvais en eux-mêmes ; c’est bien plutôt l’égoïsme et le goût du pouvoir qu’ils véhiculent que Rousseau condamne. Dès lors, plusieurs questions s’imposent : Comment en sommes-nous arrivés là ? Quelle est la nature de l’homme ? Pourquoi l’Histoire ? L e philosophe genevois attribue à l’Histoire elle-même la difficulté d’une réponse à ces questions. En effet, selon lui, l’homme de la Nature est recouvert par l’homme en tant que produit du développement historique, et le désir de connaître l’homme qui s’est littéralement aliéné, qui s’est rendu étranger à lui-même. Pour cette raison, Rousseau émet l’hypothèse purement méthodologique d’un état de Nature intrinsèquement dépourvu de mouvement vers autre chose que lui-même et tâche de saisir, par comparaison, notre état présent.


L’Histoire apparaît dès lors comme le fruit contingent d’un équilibre raté entre l’état de nature et l’homme, rendu possible par une combinaison de transformations de l’environnement dont les causes restent incertaines. C’est sous l’impulsion donnée une fois pour toutes par les circonstances que l’homme perfectible, contrairement à l’animal qui est parfait en son genre, doit inventer son adaptation et entrer contre son gré dans l’Histoire, et l’état de société signifie cette entrée même. « Les passions qui rendent l’homme inquiet, prévoyant, actif, ne naissent que dans la société. Ne rien faire est le première et la plus forte passion de l’homme après celle de se conserver(…) C’est pour parvenir un repos que chacun travaille : c’est encore la paresse qui nous rend laborieux. »


Selon Rousseau, l’homme ne serait donc originellement pas fait pour le travail. Cette dernière activité n’étant que l’enfant légitime d’une déchéance accidentelle qui l’aurait éconduit d’un état comparable à celui d’un Adam préhistorique (avant le péché). N’en voulons pour preuve que la fin vers laquelle un pareil fonctionnement semble orienté : le repos. Nos sociétés de loisirs ne confirment-elles pas de plus en plus ce point de vue ?


© Thierry Aymès

UN AILLEURS DE ZÉNITH

« Attention , la vie , c’est le truc qui passe pendant que l’on multiplie les projets » – John Lennon (1940-1980)

Malgré ça désinvolture toute anglo-seventiesienne, cette citation donne sur une belle profondeur. Sans doute n’est-elle pas originale en elle-même, mais il est toujours bon de se la rappeler. Le Beatles nous met en garde contre cette fâcheuse tendance de tout humain à ne pas habiter le présent, à le désaffecter et à lui préférer un futur pourtant hypothétique où il peut s’imaginer plus heureux.


C’est ICI et MAINTENANT qu’il s’agit d’habiter. « Conscientiser » le seul temps réel, le seul espace où tout advient.

« Le truc qui passe », c’est la vie, « La vie à chaque instant recommencée ». Mais ici, le langage s’avère presque impuissant à nous livrer le sésame recélé, à moins que l’on ait recours à une lecture poétique, une lecture intuitive. La difficulté est en effet de saisir que l’instant n’est pas un moment du temps linéaire, du temps séquentiel. La phrase : « la vie a chaque instant recommencée » nous induit en erreur si elle n’est pas dépassée vers ce qu’elle suggère d’atemporel.

Un instant n’a pas plus de « chaque » que de « recommencement ». À l’instar du point géométrique qui est une « étendue sans espace », nous devons l’envisager comme un « moment sans temps », une pointe sans épaisseur d’où nous tenons notre parenté avec l’éternel ; et l’éternel ne passe pas.

« Aimer la vie » serait donc le remède à notre maladie. « L’aimer » c’est-à- dire, ne plus espérer en un ailleurs plus beau, en un ailleurs sans ombre (ou presque), un ailleurs de zénith. Dès lors, Lennon nous invite-t-il à « dés-espérer » d’un désespoir salvateur, pour rejoindre la source éternellement jaillissante d’un présent amnésique et sans orientation. « Vivons donc le projet de ne plus en avoir », telle est sans doute la seule voie menant à l’immortalité. OHM !

© Thierry Aymès

DU DISCOUNT AU DISCONTE

Depuis l’avènement des réseaux sociaux, qui prend encore la peine de lire un livre ? De ceux que l’on tient dans les mains et que l’on renifle au risque d’un éternuement… S’ils sont vieux. Aujourd’hui, seules les citations semblent avoir grâce aux yeux des lecteurs. Les ouvrages dont elles sont extraites ont disparu. À peine leurs auteurs survivent-ils quand ils ne sont pas échangés sans que quiconque ne s’en aperçoive. Ne reste que le fruit de l’arbre, de la terre où l’arbre est planté, de l’histoire de celui qui l’a ramassé parmi beaucoup d’autres ; ne reste que le bonbon, le sucre et non le suc, toujours à la gloire de celui qui cite ; ne reste que la cerise sur le gâteau, la cerise que l’on prend pour le gâteau.

Une phrase sans texte n’est plus qu’un objet de consommation comme un autre ; elle est un objet « disconte » que l’on dévore en courant, quand les livres se payent d’heures et se traversent en marchant. Elle ne fait que dire tout haut le temps que l’on ne veut pas prendre pour en dévoiler le sens ; elle est au désir d’apprendre ce que la pornographie est à l’érotisme ; elle obéit à la pulsion de savoir, à peine, de savoir-pour-paraître-savoir ; elle fait allégeance au mensonge, au spectaculaire. La citation signale plus qu’elle ne signifie ; elle nous parle plus de celui qui la brandit comme un trophée que du terreau personnel où elle a pris racine. L’époque n’est plus à l’effeuillage sacré, mais au viol banalisé.

© Thierry Aymès

DIALOGOMÉDIE

Je vous entends penser « Et un néologisme de plus ! Un ! ». Et vous avez raison. Il s’agit là d’un mot valise à l’étymologie greco-romaine qui m’a semblé refleter exactement ce que je fais le plus souvent dans mon cabinet de médéanimiste solitaire. Plus ça va et plus je me rends compte que je suis un « dialogomédiste » qu’un parcours quelque peu marginal a conduit là où il se trouve. Entendez par là que c’est bien souvent par le biais d’une discussion orientée vers la santé psychique des personnes qui frappent à ma porte que l’effet thérapeutique advient.

Je suis toujours surpris de comprendre à chaque séance un peu plus combien celles et ceux qui viennent me consulter ne sont pas le moins du monde accoutumés à un certain type de dialogues. Ce qui me semble aller de soi leur paraît « extra-ordinaire ». Il suffit bien souvent d’un échange à peine moins « bavard » que d’habitude, d’un échange requérant un supplément de concentration pour qu’émergent des prises de conscience d’où vont s’originer des reconfigurations psychiques le plus souvent salutaires.

C’est que dialoguer suppose « la parole » bien plus que « le bavardage » dont sans doute certains d’entre vous savent tout le mal qu’en a dit Martin Heidegger.

En effet, la parole engage et se donne. Sa valeur est symbolique. Elle n’est pas portée par l’ennui ou le vide d’une existence qui se cache, mais bien par le souci de dire le vrai de soi à l’autre que soi. Elle est pleine en ce qu’elle dit ce qui la soutient, à savoir ce qui, le plus souvent n’apparaît pas dans le monde, à moins que ce ne soit masqué.

Donner et tenir sa parole ne se limite pas à faire résonner une fois par décennie un accord parfait réunissant « celle ou celui qui dit » avec « celà qui est dit », mais revient encore à faire entendre ce qu’on n’ose pas exposer de peur d’être rejeté(e).

En ce sens, le cabinet d’une personne faite et/ou formée pour accueillir la parole d’un sujet « en souffrance psychique » doit être considéré comme une « Utopie » au sens originel de ce terme. Il est en effet un « lieu idéal » où tout peut être dit et entendu sans jugement.

Sur cette base seulement, un dialogue authentique peut s’établir…

© Thierry Aymès

QUID EXPLICATIO EST ?

(Extrait d’une interview téléphonique sur France-Inter)

Cher Thierry Aymès, que pourriez-vous nous dire de l’explication ?

– À cette question, dans la mesure où il m’est arrivé de m’interroger à ce sujet exactement dans les termes qui sont les vôtres, permettez-moi, je vous prie, de répondre très brièvement en ne sollicitant que ma mémoire.

– Soit !

– Je me cite donc (rire) : « L’explication déplie, expose et conditionne une évaporation de sens que le style protège ».

– Pas mal !

– Merci.

® Thierry Aymès

LES AUTRES NE NOUS CONJUGUENT QU’AU PASSÉ

Si je vous dis : « Les autres », que cela vous évoque-t-il ?

– Très immédiatement ? Les lignes suivantes : « Les Autres… Ces grands cernes dressés autour. De quels yeux disent-ils la fatigue ? De quel regard ? Est-on jamais à soi plus qu’à eux ? Sont-ils ailleurs que toujours là ? Toujours déjà ? J’ai cru suffoqué naguère dans leur bras, senti le danger d’en être aimé ». Ces quelques phrases, je les ai écrites alors que j’avais à peine 20 ans. Aujourd’hui, je dirai qu’elles n’ont pas pris une ride. C’est que le plus souvent, les autres ne vous conjuguent qu’au passé et ne vous veulent que très mal du bien. À un ami qui, à l’époque, venait de me déclarer sa violente amitié, je répondis en un éclair : « Si tu m’aimes, tu me condamnes ! ». J’avais pressenti que ce qu’il aimait en moi devrait périr ou me tuer. Mais il me voulait tel que j’étais alors, et pour toujours. Je connaissais le passage de la Genèse où Édith, femme de Loth, se transforme en statue de sel pour s’être retournée sur Sodome en flammes. Fut-elle châtiée pour avoir ainsi trahi ses inclinations secrètes pour le péché ou le fut-elle pour s’être retournée sur cette ville comme sur une autre ? L’amour du passé ne suffit-il pas à nous statufier ? J’avais compris que mon ami ne souhaitait pas me voir renaître à chaque instant ; que je lui étais une amarre et qu’il ne voulait pas quitter le port. S’il l’avait pu, il m’aurait retenu là, dans cette voiture enfumée, à deux pas du bar où, chaque week-end nous avions coutume de nous tenir chaud, avec tant d’autres… En attendant la belle qui nous arracherait l’un à l’autre. Ce jour-là, Yannick me tendit l’archétype de ce que je ne cesserai jamais d’éprouver face à un certain amour. La Mère n’est jamais bien loin qui se refuse à vous mettre au monde une seconde fois pour toutes. Après vous avoir déposé sur les rives du monde, elle vous tient en laisse à coups de bisous. Elle force votre respect. Et quand on sait qu’étymologiquement « respecter » revient à se re-tourner pour regarder derrière soi, l’on rejoint à nouveau Loth et sa malheureuse épouse.

© Thierry Aymès

MA CONNAISSANCE DU SOIR

Aujourd’hui, vendredi 20 mai 2021 à 13h13, je viens de rouvrir « La connaissance du soir » de Joë Bousquet dans la collection NRF Poésie/Gallimard. Un peu plus d’une semaine que je l’attendais. 17 ans que je l’avais perdu dans un incendie avec un peu moins de 4000 autres livres. À la page 57, je lis :

Survis au jour, il est une heure

Où la lampe est pleine de fleurs.

Si mes peines sont ce qui pleure

Amour, c’est de moi que je meurs.

Je n’ai pas eu besoin d’aller plus loin pour reconnaître ce qui m’a foudroyé voici 43 ans. Au Puy-en-Velay, dans une toute petite librairie dont j’ai malheureusement oublié le nom, j’avais été irrésistiblement attiré par un titre dont je présentais qu’il annonçait un trésor… Mon trésor. Celui d’aujourd’hui, encore. Que de détours m’aura-t-il fallu faire pour y revenir ? Combien de fois aura-t-il fallu que je me perde pour le retrouver ? De ce royaume, j’ai vu le monde à jamais. Mon cœur pour lui est intact. C’est la bonne nouvelle. Rien ni personne n’est venu à bout de cet amour-là. Jamais je ne le renierai… Jamais plus, je ne le dissimulerai.

Mais pourquoi donc un homme à ce point différent de moi a-t-il pu me toucher aussi puissamment, aussi durablement ?

Le même mystère sourd également aux pieds de mon adoration pour le jazz hyperboréen qui survint dans ma vie à la même époque.

© Thierry Aymès